Open data : et si le « modèle français » stimulait la reprise européenne ?

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Tribune d'Olivier Campenon, Président du Directoire des Editions Lefebvre-Sarrut.

« On ne jouit bien que de ce qu’on partage » …
A l’aube du XIXème siècle, la Comtesse de Genlis pouvait-elle imaginer l’absolue modernité de son propos, parfaitement d’actualité à l’heure de l’open data et de la mise en algorithmes de pans entiers de l’activité humaine ?

Au cœur de ce monde en mutation, les membres du Conseil européen ont appelé en octobre dernier à une alliance nécessaire entre développement technologique et «valeurs fondamentales de nos sociétés européennes, comme la liberté d’expression et le respect de la vie privée».

Vaste ambition portée par un continent qui, légitimement, revendique sa singularité autour d’enjeux aussi majeurs que la sécurité, la confidentialité des données, la transparence ou encore le respect de la diversité. Les derniers épisodes de l’élection américaine l’ont confirmé : les « fake news » et autres manipulations de l’information violent le débat démocratique. Une position morale forte, c’est donc aussi la réponse qu’apporte l’Europe aux technologies trop intrusives, telle la reconnaissance faciale de masse par exemple. Le Digital Market Act et le Digital Services Act transposeront dans le droit commun ce délicat équilibre entre liberté et technologie.

Mais, c’est un fait, dans une situation de crise sanitaire à laquelle le «vieux continent» paie un lourd tribut, l’open data pourrait aussi dessiner à l’Europe des perspectives de rebond économique particulièrement intéressantes.

L’Europe est assise sur un trésor. Son union économique, son étendue géographique, sa diversité culturelle, engrangent des mouvements de capitaux, de personnes et d’idées que l’on peut photographier dans des données.

A l’épicentre de cette Europe en pleine révolution de la data, la France se doit de figurer en leader dans la mise à disposition de ces données.

En effet, nous le savons bien, les données sont indispensables pour accélérer l’équipement des territoires, fluidifier les services aux citoyens et aux consommateurs, objectiver et par là-même sécuriser, certains mécanismes du marché et du jeu de la concurrence.

Soutenons l’impulsion forte donnée par l’acteur public et réaffirmée récemment dans le rapport de la mission Bothorel qui mise notamment sur une co-construction public privé de cet écosystème de la donnée.

A l’occasion de la remise de ce rapport au Premier ministre, ce dernier n’a pas manqué de rappeler combien la politique de la donnée, des algorithmes et des codes recouvrait d’enjeux démocratiques, administratifs mais aussi économiques. L’exemple de l’open data des décisions de justice livre une illustration féconde à ce constat, les synergies ainsi établies favorisant des avancées significatives, notamment quand la mobilisation du droit sert à la fois le plein exercice de nos libertés et le «réarmement» de notre économie.

Aussi, disons-le, en 2021, nul ne semble plus enclin à contester la pertinence de l’open data, ni celle du modèle public-privé.

La récente décision du 21 janvier du Conseil d’Etat confirme une telle orientation, invitant le Garde des Sceaux à fixer un calendrier dans un délai de trois mois de la mise à disposition gratuite de toutes les décisions de justice (CE 21 janvier, req. 429956).

Si, on l’a vu, le levier de l’ouverture est donc fondamental, d’autres enjeux seront également décisifs pour renforcer la reprise économique : ainsi, œuvrer à l’interopérabilité des données, c’est fluidifier la communication entre les forces du marché et créer une valeur potentiellement inédite. Voilà un outil qu’il nous faudra assurément actionner.

Au niveau européen, le marché de l’open data atteint 184 milliards d’euros. A l’horizon 2025, il pourrait approcher les 330 milliards. C’est considérable.

On peut alors se prendre à rêver : et si le modèle français infusait l’ensemble de l’écosystème européen, contribuant à la fois à son dynamisme et à la spécificité de son identité ? En clair, pourquoi pas une trajectoire vertueuse d’alliances public-privé dans chacun des Etats membres ?

Olivier Campenon, Président du Directoire des Editions Lefebvre-Sarrut

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