« Plutôt que de fuir le débat, imposons nos exigences et nos principes pour préserver notre place et même la développer »

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Dans le cadre de l’élection pour le renouvellement au tiers des membres du Conseil de l’Ordre du Barreau de Paris des 30 novembre et 1e décembre 2021, Le Monde du Droit a interrogé Valérie Rosano, candidate avec Maxime Delacarte.

Pourquoi vous présentez-vous ?

Avocat au Barreau de Paris depuis 1993, j’ai toujours été attachée à la défense de la profession, au respect de ses fondamentaux que sont le secret professionnel, la déontologie ou encore l’indépendance.

Mais les enjeux de la profession d’avocat ne se limitent pas à ces principes, et j’avoue avoir été parfois décontenancée voire déçue par les instances représentatives. Cependant, il ne suffit pas de manifester son insatisfaction, aussi ai-je décidé d’agir.

Pendant la crise de la COVID-19, et lors de mes échanges avec de nombreux confrères, bon nombre d’entre eux m’ont encouragée à présenter ma candidature, à poursuivre ce lien de proximité, d’échanges et d’informations. J’ai donc décidé de franchir le pas, d’autant qu’en ma qualité de nouvelle présidente de la section parisienne de la Confédération Nationale des Avocats (CNA), il m’a semblé évident de traduire mon engagement au sein de nos instances ordinales et donc de solliciter les suffrages de mes pairs.

D’où vous est venue l’idée d’un tel binôme ?

J’ai bientôt une trentaine d’années de barreau. Même si je n’ai pas l’impression d’être déconnectée des préoccupations des jeunes avocats, car défendre la profession c’est la défendre tout entière, choisir Maxime Delacarte comme binôme est apparu comme une évidence.

Jeune associé, membre de la CNA de PARIS, il est le barreau de demain, ce qui implique la transmission et la préservation de nos valeurs essentielles mais aussi l’adaptation de notre profession aux défis qui s’annoncent.

Quelles sont les idées que vous aimeriez défendre dans le cadre de votre élection ?

Des engagements forts autour de nos valeurs essentielles, le secret professionnel, la déontologie, l’indépendance, qui doivent servir de fondement à l’évolution de notre profession.

Par exemple, nous n’échapperons pas à l’intelligence artificielle, ni à la justice prédictive. Il faut prendre cette nouveauté comme une chance pour le barreau. Plutôt que de fuir le débat, imposons nos exigences et nos principes pour préserver notre place et l’adapter, la développer. Cette chance doit être saisie par l’Ordre : c’est notre ambition.

Il ne faut toutefois pas faire fi de notre présent et des problématiques que l’on rencontre déjà aujourd’hui, au quotidien, dans l’exercice de la profession et a fortiori depuis la crise de la COVID-19 : dialogue réduit avec les magistrats, inflation législative et règlementaire, mettant en péril la sécurité juridique de nos clients mais également de nos cabinets, avec des risques accrus de responsabilité professionnelle.

Nous serons mobilisés pour rendre à la justice l’humanité et le dialogue qui font aujourd’hui défaut : doit être reconnue et affirmée la place des jeunes avocats et des femmes de la profession.

On constate également que les modes alternatifs de règlements des différends ne sont pas assez appréhendés par le corps de métier des avocats. Pourtant, ces modes alternatifs devraient être considérés comme une opportunité de développer de nouvelles compétences, d’étendre notre périmètre d’action. Trop peu d’avocats sont formés à ces nouvelles pratiques, qui doivent demeurer en notre sein et non pas être accaparés par d’autres professions.

Enfin, nous exerçons de plus en plus seuls, même au sein des grandes structures. Recréer du lien entre les avocats, échanger sur nos pratiques, sur nos craintes, sur nos envies, sur nos besoins, quel que soit notre âge ou notre nombre d’années de barre, apparaît nécessaire à l’heure où nous n’avons plus de lieu de rencontre, notamment au sein du nouveau tribunal. C’est notre démarche.

Quelle est votre vision de l’avocat de demain ?

Un avocat au cœur de la cité, prêt à faire face aux défis technologiques, ayant développé de nouvelles compétences au service de ses clients et de la Justice, dans le respect de ses valeurs.

Propos recueillis par Léa Verdure

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